Pour remettre l’humanité au centre de nos préoccupations, il est nécessaire que chaque personne comprenne le sens profond de la vie — pour elle-même et pour autrui. Sans cet intérêt fondamental, il est difficile, voire impossible, de transmettre la valeur de la liberté intérieure et la beauté que représente le soutien apporté à son prochain et à la société. Malheureusement, à notre époque, le travail, la réalisation de projets et la recherche de résultats sont souvent complètement dissociés de l’attention et du soin portés à l’autre.
Les avantages matériels et le recours aux nouvelles technologies ont considérablement augmenté, mais cela n’a pas engendré de bien-être intérieur, affectif ou social. C’est même souvent le contraire qui se produit. La plupart de nos énergies sont consacrées à l’accumulation de biens matériels, comme si la richesse était la condition du bonheur. Mais ce type de comportement apporte-t-il vraiment des satisfactions plus profondes et plus significatives ?
À la demande d’une communauté étrangère — qui a souhaité rester anonyme afin de préserver la confiance de la personne concernée — nous avons accompagné un homme d’affaires prospère. Très actif dans l’entreprise qu’il avait fondée trente ans auparavant, cet homme commençait néanmoins, en raison de sa santé, à s’interroger sur le sens de son travail et sur la nature de la liberté qu’il croyait avoir acquise grâce à sa réussite financière.
À notre époque, les médias nous présentent souvent ceux qui possèdent beaucoup comme des modèles à suivre, tandis que ceux qui n’ont rien consacrent toute leur énergie à courir après le minimum vital. L’espoir s’est laissé guider par le progrès scientifique et technologique, orientant les choix de vie vers le consumérisme, loin de toute aspiration spirituelle. Pourtant, ces figures de grande richesse que les médias célèbrent ne possèdent bien souvent aucune des vertus qui caractérisent les véritables héros : l’idéalisme, le courage, la sagesse, la noblesse, la bonté. Ce sont des qualités de plus en plus oubliées, dont on ne perçoit plus aujourd’hui le sens profond et authentique.
Au cours de nos rencontres avec cet entrepreneur à succès, nous nous sommes longuement entretenus et avons réfléchi ensemble aux pensées qui le préoccupaient, mais aussi sur certains mots — des vertus — qu’il avait complètement oubliés. Ces mots ravivaient en lui des souvenirs d’enfance, liés à des personnes âgées qui, en des temps difficiles, l’avaient soutenu alors qu’il traversait une situation éprouvante, tant sur le plan moral que financier. Sans leur aide désintéressée, nous confiait-il, il n’aurait jamais pu accomplir ce qu’il a réalisé professionnellement, ni croire un jour qu’il pourrait accéder à une vraie liberté.
Ce qui fut le plus saisissant dans nos rencontres, ce fut la prise de conscience progressive de cet homme : ceux qui l’avaient aidé sans aucun intérêt personnel, et qui n’étaient pourtant pas riches eux-mêmes, étaient des êtres animés d’un amour profond — un amour d’une tout autre nature que ce qu’il avait jusqu’alors éprouvé. C’étaient des personnes véritablement libres, qui avaient vécu sous la domination d’une dictature, et qui pourtant ne dépendaient d’aucun système pour être ce qu’elles étaient. C’est lors d’une de nos dernières réunions que cet homme formula avec ses propres mots la vision sur laquelle notre Association fonde son action : le royaume de l’humain est celui de la liberté — mais d’une liberté qui n’a rien à voir avec la richesse ou le prestige. C’est seulement par cette liberté intérieure authentique que nous pouvons accéder à l’amour véritable.
Notre interlocuteur commençait ainsi à s’interroger sur la finalité des biens matériels, déplaçant sa réflexion du plan économique vers le plan moral et spirituel. Toujours passionné par son travail, ses affaires et sa réussite, il avait cependant opéré un tournant décisif : son attention se portait désormais véritablement vers autrui, et non plus sur ses seuls intérêts, ses plaisirs ou son ego. Il aspirait à accomplir de bonnes actions et à contribuer au bien-être de tous, dans l’amour et la joie. C’est d’ailleurs la communauté qui nous avait demandé de l’accompagner qui nous a informés, quelques mois plus tard, que cet homme avait commencé à aider concrètement des personnes dans le besoin — allant jusqu’à en engager certaines dans son entreprise, offrant ainsi à ceux qui en avaient besoin non seulement un soutien, mais une dignité retrouvée.
