Nous avons été invités en France pour accompagner des personnes provenant d’un pays en guerre et qui espèrent vivre en Europe. C’est une femme originaire de ce pays en guerre qui nous a contactés afin de partager avec ses amis et collègues un sens profond de la situation difficile dans laquelle ils se trouvaient.
Le groupe était composé d’hommes et de femmes dont le principal souhait était de trouver un travail et de recommencer une nouvelle vie. Notre but, à travers cet accompagnement, était de partager avec ces personnes, ou de les aider à retrouver le sens profond de la vie, lié au cœur intérieur qui habite chaque être humain et qui va au-delà des pensées et des souhaits qui touchent chacun d’entre nous.
Naturellement, au début de notre service d’enseignement et de partage, qui a duré trois jours, une grande partie des personnes ne voyaient pas, ou ne comprenaient pas, le sens de la vision et de la mission de l’Association, pour qui le seul but d’une association est de coopérer à des projets au service des personnes. Mais la présence parmi eux de cette dame, qui avait dû elle aussi quitter son pays, a constitué l’un des témoignages de notre vision : en effet, c’est elle qui nous avait invités pour cette réunion, portée par son profond désir d’aider ses amis à la réflexion intérieure. Pour elle, fuir la guerre est une occasion d’approfondir une chance personnelle, de découvrir et de pratiquer la profondeur intérieure de l’être humain, et de devenir une personne libre, indépendamment du pays où l’on se trouve.
La réflexion, au niveau spirituel, sur le sens de la vie et sur leur présence actuelle en Europe a permis à ces personnes de porter leur attention, ou du moins de la considérer, sur le sens profond de la vie : comprendre et croire qu’il est possible de découvrir et d’accomplir quelque chose de bon ici — ou même, pour le pays qu’ils ont quitté et où, qui sait, ils devront peut-être retourner un jour, d’y créer quelque chose de magnifique et de profond. La connaissance de soi est toujours douloureuse, mais elle libère… Il faut croire en cette source d’amour que nous portons en nous.
La routine du quotidien nous dérobe nos forces : le travail, le succès, le plaisir. Le défi est de progresser vers le bien, même lorsque d’autres nous ont fait du mal — par exemple en nous privant de notre travail ou, comme dans le cas de ces personnes, en leur ôtant la possibilité de vivre et de grandir dans leur pays, ou dans le pays où elles souhaitent désormais vivre.
Lorsqu’une personne désire ardemment quelque chose, elle se sent aussitôt agitée au fond d’elle-même. Dans la culture contemporaine, on a souvent tendance à ne considérer comme vérité que celle de la technologie, du succès, du résultat. Ce qui est « vrai », c’est ce que l’homme parvient à construire et à mesurer grâce à sa science ; c’est vrai parce que cela fonctionne, et que cela rend ainsi la vie plus confortable et plus facile. Mais cela n’est vrai que pour un certain moment de la vie. Si la personne avance sur le chemin de la vie intérieure, elle accordera de moins en moins d’importance aux paroles qui s’envolent.
Une bonne partie de ces personnes a commencé à sentir que la quête profonde d’un sens dans la bonté leur permettrait de vivre dans la joie, au-delà même de l’objectif ou de la pensée de s’installer pour toujours en Europe.
L’histoire du monde est une lutte entre le bien et le mal. Le concept intérieur et profond de la vraie bonté envers le prochain nous concerne tous, et pas seulement les personnes qui doivent quitter leur terre à cause de la guerre. L’objectif est de retrouver l’affection, l’amitié et l’entraide envers le prochain, par un amour intérieur.
C’est précisément à ce niveau qu’œuvre l’Association Article 18 : offrir aux personnes en exil un espace pour cette réflexion intérieure et cette quête de liberté. D’ailleurs, plusieurs personnes présentes à notre réunion se sont montrées si intéressées par cette question de la liberté intérieure qu’elles ont fixée, avec notre Association, des rencontres d’accompagnement personnalisé. Et ce groupe d’hommes et de femmes, venus au départ avec pour seul souhait de trouver un travail et de recommencer une nouvelle vie, est reparti avec quelque chose de plus : une graine semée, l’espoir qu’au-delà de l’installation matérielle en Europe, une autre vie intérieure pouvait aussi commencer.
